Ecole

Comment aider nos enfants à mieux s’organiser en primaire ?

Motivation, patience et pédagogie ne sont pas à la portée de tous les parents quand vient l’heure des devoirs.
Aider son enfant à faire ses devoirs est un vrai numéro d’équilibriste. Être présent mais ne pas s’imposer, encadrer sans assister, faire preuve de fermeté tout en créant une atmosphère détendue… 
 Le juste milieu est difficile à trouver et les devoirs peuvent vite devenir une corvée.

C’est la raison pour laquelle, Madame Courbouleix, professeur en CP Rouge
à St Do, vous donne quelques clés, pour rendre ce moment efficace, voire agréable. Ce n’est pas une méthode miracle, la liste n’est pas exhaustive.
A chaque parent de se construire sa propre boite à outils.

Madame Courbouleix est à St Do depuis 2003, après avoir travaillé à Vienne, dans la région lyonnaise. Elle a trois enfants qui sont respectivement en cm2, 5ème et 2nde. C’est donc riche de son expérience de maman, qu’elle nous livre quelques conseils pour mieux appréhender les devoirs avec nos enfants.

Mme Courbouleix, quel est tout d’abord le rôle du parent ?
Les parents doivent faire preuve de nombreuses qualités : bienveillance, organisation, savoir anticiper, se rendre disponible, être dans la réflexion et la compassion, avoir beaucoup d’imagination, de l’exigence et surtout beaucoup de patience.
Une des choses très importantes est de ne pas se mettre à la place de son enfant. Il faut essayer de le comprendre. Nous maîtresses, nous entendons trop souvent : « moi quand j’étais à l’école, j’étais comme ça ». Les parents doivent prendre conscience que leur enfant est différent d’eux.
Il ne faut pas « faire à la place de » mais aider l’enfant à apprendre par soi-même, à devenir autonome et développer ensemble des outils d’apprentissage.

Combien de temps doit on consacrer aux devoirs en primaire ?
Cela varie en fonction des enfants. Au début du primaire, cela ne devrait pas dépasser 30 minutes et en CM2, on est plutôt sur 60 minutes.  Si on passe 2h30 à faire les devoirs avec nos enfants cela veut dire qu’il y a un problème, on ne peut pas leur imposer cela, il faut en discuter avec l’enseignante.
Ce qui est très important c’est la relation nécessaire de confiance entre les parents, l’enseignante et l’enfant.
Il faut donner un temps et le respecter. Il ne faut pas dépasser ce temps car le contrat de confiance serait rompu. Pourquoi pas se chronométrer ? Cela permet de se représenter le temps pour pouvoir prendre conscience du temps que l’on va mettre. Dans leur inconscient, les enfants pensent que cela va prendre énormément de temps, alors qu’au final, cela ne prend pas autant de temps que cela.

Il faut laisser des temps d’autonomie aux enfants. Dans un temps de
travail, on va être avec l’enfant et on va également lui laisser des temps d’autonomie. Par exemple, le laisser faire tout seul des exercices que l’on corrigera par la suite. Puis challenger son enfant, en lui disant « tu as fait une erreur dans l’exercice, à toi de la retrouver ».

Comment faire en sorte que l’enfant ai son matériel ?
Avoir une trousse et un cahier de brouillon et qui restent à la maison et une autre à l’école.
Il est bien de posséder également les manuels scolaires en double. Si vous avez plusieurs enfants, vous pouvez jouer sur un code couleur : trousse rouge avec cahier rouge et gommettes rouges sur les crayons, la règle, le compas… cela évite les disputes et l’enfant est responsabilisé quant à son matériel.

Comment aborder les devoirs avec nos enfants ?
Il faut s’adapter et réfléchir par quelle entrée vous allez pouvoir aider votre enfant.
Nous savons aujourd’hui qu’il existe 3 profils d’apprentissage :
Visuel : l’enfant retient tout ce qu’il voit, les couleurs, il photographie les leçons ; Auditif ou verbal : l’enfant va entendre, se souvenir de la voix de l’enseignant. Et des profils kinesthésiques qui ont besoin de toucher, de sentir, de bouger : certains enfants ont besoin d’être en mouvement pour pouvoir apprendre une leçon. Ce n’est pas grave ! Laissez-les bouger !

Si votre enfant est plutôt visuel, dessinez des images, travaillez avec des crayons de couleur ou des marqueurs. Fabriquez des posters en papier, travaillez avec des films vidéo ou des reportages télévisés sur le sujet. Faites-lui une image mentale du contenu d’apprentissage, lorsque vous le lui expliquez.
Si votre enfant est plutôt auditif, répétez-lui à haute voix le contenu de la matière, inventez-lui une chanson sur ce contenu et demandez-lui de la chanter.
Si votre enfant est plutôt kinesthésique, essayez les jeux de rôle, construisez des choses, réalisez des expériences, estimez et mesurez des distances avec un support matériel.

Howard Gardner a également mis en lumière qu’il existait 8 profils d’intelligence.
Ces huit intelligences fonctionnement en parallèle et simultanément mais la performance de chaque intelligence et leurs dominances varient fortement d’un élève à l’autre. Il est donc utile de connaitre le profil de chaque élève, pour en adapter l’enseignement.
Au moment de réfléchir à un métier et à des études, identifier et prendre en compte l’ensemble de ses formes dominantes d’intelligence permet d’ouvrir des perspectives, et de redonner confiance à des jeunes qui disposent de capacités peu valorisées dans le système scolaire français, basé sur l’intelligence logico-mathématique et l’intelligence linguistique.
C’est important de connaître son enfant pour savoir les formes dominantes de son intelligence, pour choisir une orientation où ses talents pourront être mis en œuvre.
C’est également important de savoir dans quels domaines il doit s’améliorer en essayant de développer d’autres formes d’intelligence.

L’intelligence visuelle spatiale
Ces enfants ont une capacité à représenter mentalement des idées et à les visualiser.
On va donc utiliser un dessin ou un croquis, des arts visuels, des cartes…

L’intelligence interpersonnelle (ou sociale) permet à l’enfant d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte et adaptée: ouvert aux autres, ils s’intègrent facilement, prennent volontiers la place de leader, et ont une grande facilité à s’exprimer.

L’intelligence intrapersonnelle permet d’avoir une bonne conscience de ses forces et ses faiblesses. Ce profil connaît ses talents et capacités, se fixe des buts réalistes, mène à bien une tâche qu’il s’est fixée, ne cède pas à l’impulsivité, est difficile à influencer.

L’intelligence kinesthésique
Ces enfants ont une bonne coordination, sont habiles en travaux manuels, aiment le sport, aiment jouer la comédie…

L’intelligence naturaliste
Il s’agit de l’intelligence qui permet d’être sensible à ce qui est vivant ou de comprendre l’environnement dans lequel l’homme évolue. C’est la capacité d’apprécier, de reconnaître, de classer, de hiérarchiser tout ce qui est en rapport avec le vivant et la matière.  Ces profils sont fascinés par les animaux, sensibles au monde des plantes et à toutes les formes de la nature (géographie, objets naturels, nuages, étoiles…).

L’intelligence linguistique (ou verbale) consiste à utiliser le langage pour comprendre les autres et pour exprimer ce que l’on pense. Ils aiment entendre, lire et écrire, s’expriment avec facilité, aiment raconter et mimer des histoires, apprécient les jeux avec des mots (mots croisés, scrabble…).

L’intelligence logico-mathématique
Ces enfants possèdent la capacité de calculer, de quantifier, de faire preuve de logique et de résoudre des problèmes mathématiques et scientifiques. Ils aiment le calcul mental, les sciences ou les jeux de stratégie, expliquent par analogies, veulent des raisons à tout, travaillent de façon ordonnée et rigoureuse.

L’intelligence musicale
Ces enfants sont sensibles aux sons, aux émotions générées par la musique. Ils ont une aptitude à reconnaître des modèles musicaux, à les interpréter et à en créer. Ces enfants fredonnent en travaillant ou en marchant, battent du pied, tapent du crayon ou des doigts en travaillant, aiment inventer des airs et mélodies, saisissent facilement les accents d’une langue étrangère, chantent juste, gardent un tempo…
Il s’agit de l’intelligence multiple la moins utilisée dans l’enseignement classique.

Pour Howard Gardner, connaître ses intelligences peut permettre de mieux réussir à l’école car on sait alors comment apprendre efficacement. Par exemple, pour retenir une même poésie, des enfants pourront passer par une combinaison de :

  • éléments verbo-linguistiques (les mots, la langue) : copier plusieurs fois des passages difficiles, répéter mentalement ou à voix chuchotée les vers, réciter à un camarade ou à ses parents, écouter une autre personne réciter le poème (en direct ou en vidéo)…
  • éléments visuels (images, couleurs)souligner de la même couleur les répétitions de mots ou les rimes, mettre des flèches ou des barres pour identifier les pauses ou les enjambements, dessiner/ peindre les impressions laissées par la poésie,…
  • éléments musicaux : chanter à capella, réciter sur l’air d’une musique connue, inventer une mélodie…
  • éléments interpersonnelsréciter à deux voix, échanger sur les impressions/ la compréhension du texte…
  • éléments kinesthésiques (gestes, déplacements) : jouer la poésie comme une pièce de théâtre, mimer les émotions ou sentiments évoqués avec les mains, les yeux, le corps, les intonations de la voixmettre en scène l’histoire (avec des objets, des jouets, des peluches…).

Comment organiser et planifier le travail de nos enfants ?
L’enfant ne doit jamais apprendre sa leçon en une seule fois.

La première question à lui poser avant même qu’il apprenne sa leçon est : « qu’est-ce que tu as retenu de ta leçon ? ».

Puis on se focalise sur ce qui n’a pas été retenu. L’enfant prend conscience à ce moment qu’il n’y a pas tant de choses à apprendre. Ce qui va le rassurer.
On planifie ensuite le travail.
On relit le soir même la nouvelle leçon et tous les jours on revoit une petite partie de la leçon.
On découpe le travail de manière à ce que les activités soient courtes.

On fait donc tous les soirs un peu de poésie, un peu d’histoire, un peu de maths. Cela permet de mieux se concentrer et de réitérer. La leçon devient facile. Ce qui permettra de réussir son évaluation et donc d’être en confiance et en réussite.
C’est une spirale positive.

Comment apprendre une leçon ?
On contourne les difficultés scolaires en utilisant des jeux. On peut réécrire, réorganiser un texte linéaire classique de façon ludique.
En utilisant des cartes heuristiques. Ce sont des cartes des idées, des cartes conceptuelles, des schémas de pensée, des arbres à idées. Cela permet de mettre en lumière les liens qui existent entre un concept ou une idée, et les informations qui leur sont associées.
Redécouper sa leçon afin de faire ressortir les parties ou les sous parties.
Trouver des moyens mnémotechniques. Exemple pour le pluriel des mots en « eu, au », « Un landau bleu avec des pneus bleus poussé par un émeu dans un lieu touristique ».
Faire des dessins pour imager la leçon.
Ne pas hésiter à utiliser des cartes à jouer pour apprendre ses leçons.
Faire tous les soirs un exercice
en rapport avec sa leçon de math ou de français en s’aidant des cahiers de devoirs du soir.

Comment aborder l’orthographe ?
Une liste de mots de vocabulaire ne s’apprend jamais en une seule fois
. On va découper la liste jour par jour.
1er jour : réflexion orthographique sur deux mots uniquement

Exemple : le mot disposition. On demande à l’enfant de le découper en syllabe. Dis/po/si/tion : 4 syllabes.
On cherche s’il y a des difficultés et si on entend tous les sons.
2ème jour : l’enfant récite les deux précédents mots et on prépare deux nouveaux mots.
Etc… jusqu’à la fin de la liste.

Comment préparer les enfants aux dictées ?
Le but d’une dictée c’est d’acquérir des réflexes orthographiques. On ne fait pas une dictée de 10 lignes par semaine.
On fait une dictée d’une phrase par jour avec un seul objectif. Par exemple, dans cette dictée, je veux que tu réfléchisses à tous les pluriels ou à tous les accords de verbe …
C’est une marche après l’autre !

On l’interroge également sur « Où est le sujet, où est le verbe, as-tu accordé le sujet avec le verbe ? ».
Puis on lui demande de relire sa dictée en lui précisant de commencer par la fin. Car c’est à la fin de la dictée que l’on fait le plus d’erreurs car on est moins concentré. Et on est plus attentif au début de la relecture qu’à la fin.

Mais faut-il donc être présent tous les soirs à la maison pour accompagner son enfant ?
Une fois que nous avons planifié et découpé préalablement les devoirs et les leçons, l’enfant peut faire une grande partie du travail seul. Mais il est vrai que cela demande beaucoup de rigueur et d’organisation et qu’en tant que parent, nous ne pouvons pas être absents tous les soirs de la semaine.