R. Pailler, le Censeur

Si je vous dis qu’il a un CAP d’horlogerie et qu’il est passionné d’Auvergne ?
Si je vous dis qu’il vit quelques fois des moments de grâce, parfois des altercations et souvent de magnifiques rencontres ?
De qui s’agit il ?

Romuald Pailler, le censeur de St Do !
Derrière cette dénomination qui peut sembler désuète et qui peut parfois effrayer, nous avons rencontré un homme dont le métier ne se résume pas qu’à sanctionner… Bien loin de là …

Mr Pailler est originaire de la Dordogne ; après des études à Périgueux, il a obtenu une licence en droit à Bordeaux puis une licence de philosophie à Poitiers.
Il a franchi la porte de St Do il y a 20 ans, en tant que surveillant des 5ème et prof de philosophie remplaçant en Terminale S. Puis Mme Bretonnière, l’ancienne directrice de St Do, lui a confié le poste de censeur.

Un poste qui a bien évolué depuis le temps où il recopiait les notes à la main sur un carnet dans un minuscule bureau ….

L’évolution du poste de censeur

A mon arrivée à St Do il y a 20 ans, le censeur était le surveillant général, celui qui gérait la discipline. Dans l’antiquité, le censeur était celui qui gérait le cens, à savoir la collecte des impôts. Il était chargé d’établir l’impôt, de mesurer, de juger, de jauger.

« UN POSTE DE CADRE EDUCATIF RESPONSABLE DE LA VIE SCOLAIRE »

Le censeur est la personne qui, au regard d’une situation précise, doit prendre une décision équitable. C’est un métier de relations humaines, car je suis amené à travailler avec tout le monde, les élèves bien sûr mais aussi la vie scolaire, les enseignants, le personnel de direction, les chefs d’établissement et les parents.

Je dois prendre des décisions, trancher par rapport à des problèmes avec des élèves mais éventuellement aussi entre adultes. J’ai donc une mission éducative dans l’établissement. Aidé par les deux surveillants généraux, Patricia Gobillon au collège et Pascal Brunissen au lycée, j’ai aussi une fonction d’animation. Je suis présent aux conseils de vie collégienne et lycéenne.
Ces deux conseils, dotés d’un budget non négligeable sont un lieu d’échange, de propositions et d’impulsion d’actions concrètes pour la vie au collège et au lycée.

Responsable de l’équipe de vie scolaire, je coordonne le travail d’une vingtaine de surveillants sur tous les niveaux, des deux infirmières et de la laborantine. Membre de l’équipe de direction, je suis aussi associé à toutes les décisions qui se prennent dans l’établissement, des travaux jusqu’à l’ouverture d’une classe. Ma mission est très intéressante de par sa transversalité.

Parallèlement, je suis en charge des emplois du temps pour la centaine d’enseignants, les élèves et toute la vie scolaire. Ce qui me permet d’avoir un pied dans la pédologie mais aussi dans la gestion des ressources humaines. Établir un emploi du temps c’est comme préparer une pièce montée en espérant qu’elle soit la plus harmonieuse possible en fonction des exigences pédagogiques de tout le monde. Un emploi du temps est un compromis. Il faut tenir compte de tous les enjeux pédagogiques, matériels, des contrainte de salle, de labo, d’installations extérieures pour les profs d’eps…
C’est beaucoup de temps et de relations humaines, mais c’est aussi un travail solitaire et très administratif.

« DANS MON BUREAU, IL Y A DE TRES BELLES CHOSES QUI SE VIVENT »

Des anecdotes en 20 ans, j’en ai vécu beaucoup…
Une des plus amusantes, c’est le jour du carnaval, il y a quelques années.
Un professeur m’a alerté sur la tenue de très mauvais goût d’un élève de terminale. J’ai convoqué alors l’élève dans mon bureau.
ll est arrivé revêtu d’un plastique rose totalement mou et il m’a affirmé avec beaucoup d’assurance être déguisé en mollusque.
De prime abord, je ne voyais rien de très choquant dans sa tenue.Mais j’ai tout de même voulu vérifier. C’est alors que j’aperçus un petit ventilateur que je lui demandai de mettre en marche. Et là, plus son déguisement se dessinait et devenait explicite, plus l’élève devenait rouge : la décence m’interdit d’en dire davantage ! La confusion dans laquelle s’est trouvé ce plaisantin lui a sans doute servi de leçon !

Autre anecdote… Plus sérieuse celle-là et plus émouvante. Hier, alors que je passais sous le préau au moment de la recréation, une petite fille, que je ne connaissais pas, s’avance vers moi, me prend par les mains et me regarde.
C’est un moment de grâce, un moment extraordinaire, gratuit, comme seuls les enfants peuvent vous faire vivre.

Moins belle celle-ci … Un jour, j’ai rendez-vous dans mon bureau avec Francine de Cornulier et des parents pour sanctionner un élève. Le ton commence à monter, les parents s’énervent, tout le monde est un peu tendu et soudain le papa passe au-dessus du bureau à deux doigts de me mettre son poing dans la figure. Il s’en est fallu de peu…

Le plus difficile dans ma fonction c’est lorsque l’élève s’enferme dans un mensonge et que les parents le confortent dans cette position. Mais en général, symboliquement, le seul fait d’arriver dans mon bureau, génère un effet éducatif.
La convocation chez le censeur n’étant pas anodine, il y a quelque chose qui s’opère, parfois il n’y a même pas besoin de dire les choses et de sanctionner. C’est notre fonction qui apporte une certaine solennité, un symbolisme.
Dans mon bureau il y a de très belles choses qui se vivent….

« CETTE GENERATION N‘EST PAS PLUS DIFFICILE … ELLE EST DIFFERENTE »

Il est vrai qu’aujourd’hui avec l’avènement des nouvelles technologies et des téléphones portables en particulier, il est très difficile d’établir la séparation entre le monde extérieur et St Do. En 20 ans, j’ai surtout assisté au fait que l’autorité symbolique va moins de soi. Certains élèves, qui restent une minorité, s’adressent à nous d’une façon familière et s’installent dans le bureau comme ils ne l’auraient jamais fait il y a 10 ou 15 ans. Dans le symbolique, il y a moins de choses qui vont de soi et il faut plus réexpliquer les règles de vie aux élèves.

Mais Le nombre de bêtises qui sont faites et le type de bêtises ne changent pas. Un enfant reste un enfant. La semaine dernière, un élève a mis le feu à un papier dans la cour. On l’a sanctionné sévèrement mais ce type de bêtise existait aussi avant. A St Dominique, le respect est toujours présent, on a encore la chance d’avoir des élèves qui sont bien élèves. Avec les familles, on est en accord dans 99% des cas. On est sur le même niveau d’éducation peut être pas d’exigence. Il n’y a pas de décalage énorme.

« NOTRE CONFIANCE FRATERNELLE DEPASSE LES COMMUNAUTARISMES, C’EST MEME LE CONTRAIRE. C’EST UNE FRATERNITE HUMAINE »

Je voulais aussi insister sur la dimension pastorale dans l’enseignement privé.
Engagé depuis toujours dans la catéchèse, c’est une richesse, une chance, de pouvoir partager ma foi avec les élèves. Avancer ensemble, ne pas s‘enfermer dans le carcan d’une laïcité « sèche et inflexible » tout en respectant chacun dans ses convictions ou sa neutralité. Beau et passionnant défi !
Une des caractéristiques de St Do, c’est cette ouverture et l’accueil de la différence à tous les niveaux. Du moment que la personne connaît et accepte notre projet éducatif, peu importe qu’elle appartienne à une religion différente ou ne soit pas croyante.

L’essentiel est de rester ouvert à autrui et au monde. Notre confiance fraternelle dépasse les communautarismes, c’est même le contraire. C’est une fraternité humaine.