S. Olivari, Che Guevara de St Do

Depuis 8 ans, chaque année, Saint Dominique organise avec l’équipe de la pastorale deux voyages humanitaires : un en Inde et un au Pérou.

Nous avons rencontré Silvio Olivari, professeur d’espagnol au collège et au lycée, qui est en charge cette année de ce voyage.

 

 

Bonjour Mr Olivari, Silvio, c’est un nom à consonance espagnole je crois ?
Non c’est italien. Ma mère est d’origine chilienne et mon père italien.
Mes arrière-grands-parents vivaient à Gênes et à Rome. Avec l’arrivée au pouvoir de Mussolini en Italie, ils ont fui le fascisme pour s’exiler au Chili.
J’ai donc vécu pendant toute mon enfance au Chili jusqu’à l’âge de 14 ans. J’étais scolarisé dans une école catholique appelée « Sagrado Corazón», tenue par des prêtres hollandais.
Mes 2 dernières années au Chili, je les ai passées à la limite de la Patagonie Chilienne, suite à une mutation de mon père.

De la Patagonie chilienne à St Dominique, la route est longue … Comment êtes vous arrivé à Neuilly ?
Les problèmes politiques et économiques au Chili nous ont conduits à migrer pour l’Europe en 1988.
Je suis arrivé à St Do par hasard en 2002, suite à un désir de changement professionnel. J’étais à l’époque assistant dans un groupe de recherche du CNRS « LECEMO» (Littérature du siècle d’or) à l’université Paris III.
Dès l’âge de 18 ans, en parallèle de mes études, j’ai travaillé dans l’animation. J’ai été animateur puis Directeur de Centre de Loisirs. Après, je me suis orienté vers les « maisons de quartier » pendant 5 ans. C’est cette expérience qui m‘a insufflé le désir d’enseigner et de m’occuper des autres. Dans la maison de quartier dont j’avais la responsabilité, nous faisions de l’alphabétisation, de l’étude pour les élèves en difficulté et des activités ou sorties culturelles.
Après cette dernière expérience et celle du CNRS, j’ai contacté le « Diocèse de Boulogne » qui m’a affecté à St Do pour un remplacement et depuis, je suis toujours là.

Des maisons de quartier à St Do, le virage est plus que radical ?
En effet, au début j’ai eu des difficultés à m’adapter à la vie à Neuilly. Le contraste entre mon vécu au Chili, les maisons de quartiers et Saint Dominique était énorme, mais j’ai découvert ici d’autres types de problèmes ; certains manques ou lacunes affectives, dues à l’absence de certains parents (très pris professionnellement ou en déplacement).
Deux choses resteront aussi à jamais gravées dans ma mémoire : l’énorme quantité de vêtements de marque oubliés ou perdus que l’on retrouve en fin d’année à l’école et certains plateaux de cantine qui repartaient presque pleins.

Est ce que l’on peut dire, Mr Olivari, que ce sont les différentes expériences que vous avez vécues dans votre enfance qui vous ont amené à l’enseignement et à l’humanitaire ?
Tout à fait ! A 16 ans, les deux années passées au sud du Chili, dans une école publique avec des enfants pauvres et démunis, m’ont appris à découvrir la réalité du monde et ses inégalités. J’ai pris une « grosse claque » !
C’est effectivement cela qui m’a donné envie de travailler dans les maisons de quartier, les associations, l’alphabétisation et l’humanitaire.
En 2010, suite au tremblement de terre au Chili (qui a eu lieu précisément le 28 février 2010), j’ai créé l’association « AidSolChili » (Aide Solidarité Chili) pour récolter des fonds pour les sinistrés. Saint Dominique m’a permis de récolter de l’argent pour les gens de Cobquecura (zone de l’épicentre).

D’où votre investissement dans les voyages humanitaires organisés par St Do ?
Exactement, cela fait partie de mon histoire sociale et de mes objectifs à long terme. A savoir, aider les plus démunis d’Amérique latine et faire découvrir aux élèves de St Do d’autres cultures.

Pourquoi un voyage au Pérou et pas dans un autre pays ?
C’est M. David Barreiro, professeur d’Espagnol ici à St Do qui l’a initié il y a 7 ans.

Quel est le but d’un tel voyage ?
L’objectif est double : apporter une aide caritative pour l’organisation de la paroisse qui est là bas, le centre névralgique de la communauté, tout en découvrant la façon de vivre la Foi au Pérou.

 

La paroisse gère tout, le dispensaire, l’éducation des enfants, les loisirs, le logement. C’est le Padre Humberto Boulanger qui s’occupe de la paroisse depuis 25 ans maintenant. C’est un prêtre français qui a émigré au Pérou. Lors de notre voyage, nous sommes tous hébergés chez lui et nous travaillons dans le bidonville qui se trouve tout près.

Plus concrètement, que faites vous sur place ?
Nos missions sont nombreuses.
Nous apportons des médicaments pour le dispensaire. Nous participons à une campagne de prévention en faisant du porte à porte pour inciter les personnes à venir au dispensaire.
Nous rénovons des salles de réunion pour les paroissiens afin qu’ils puissent être accueillis pour se former, informer et échanger.
Lors de ce voyage, nous avons également des moments de rencontre avec les jeunes et les adultes péruviens afin de mieux appréhender leur mode de vie, leurs croyances, l’éducation et la foi catholique. Et nous avons aussi des moments de communion très forts lors des messes : les péruviens sont des gens très humbles, très dignes et très chaleureux.
Enfin, l’aide caritative sert aussi à apporter de l’argent pour remplacer les arbres européens qui ont besoin de beaucoup d’eau au profit d’un arbre « Molle » aux besoins en eau limité.

 

Comment collectez-vous de l’argent ?
Une partie vient des fonds de la pastorale de St Do, une autre des animations que nous faisons aux SaintDolympiades (Step, Danse latino, bracelets…),
une autre des déjeuners, cafés gourmands que nous organisons entre professeurs et la dernière des bols de riz ou frites proposés aux élèves pendant le carême.

Comment faire parti d’un tel voyage ?
Il faut être en terminale à St Do. Suite à la rédaction d’une lettre de motivation, les jeunes sont choisis par la pastorale et l’encadrement de St Do.Il y a 16 élèves et 4 accompagnateurs.

Où partez-vous exactement et combien de temps ?
A Campoy près de Lima. Nous partons 15 jours, du 8 au 22 juillet.

Les élèves reviennent ils changés par un tel voyage ?
Oui, sans aucun doute ! C’est une expérience humaine merveilleuse, une fantastique ouverture vers le monde ! La Foi est vécue différemment.
Plus d’1/4 des élèves qui participent à ces voyages s’orientent ou mettent en place des actions humanitaires. Certains élèves deviennent assistants sociaux ou ingénieurs en gestion de l’eau. Ils montent eux même des projets humanitaires. Et je me souviens également d’une élève qui voulait être cardiologue et qui, aujourd’hui, se forme pour être « Médecin du Monde ».
Je vous laisse le mot de la fin, Mr Olivari …
“Sean capaces siempre de sentir, en lo más hondo, cualquier injusticia realizada contra cualquiera, en cualquier parte del mundo ». Ernesto Guevara de la Serna (Che Guevara)
« Soyez toujours capables de ressentir, au plus profond de vous mêmes, n’importe quelle injustice contre n’importe qui, dans n’importe quelle partie du monde »…